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Marie dans le Judaïsme, l'Islam et les autres religions
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Les bergers de Noël

Les bergers d'Israël dans la tradition juive

Les textes de l’Ancien Testament parlent souvent des patriarches d’Israël comme autant de "bergers" dans le sens premier du terme. Voici par exemple Jacob au service de Laban, (Gn 30,36), les fils de Jacob (Gn 37,13-14 ; 46,34 ; 47,3), avec une mention spéciale pour Joseph (Gn 37,13-14), Judas, (Gn 38,12-13), Moïse (Ex 3,1), David (lSam 16,11 ; cf. Ps 78,70-71), les “ tentes ” des bergers dans le Cantique des cantiques (Ct 1,8...)

 

Mais dans les commentaires juifs, le titre de "berger" peut être lu comme le symbole de ceux qui président une communauté ou de ceux qui savent gouverner sagement les facultés de l’être humain, (le corps, le ventre, les cinq sens, en particulier la langue) et les passions connexes.

 

Le métier de berger est considéré comme un art qui prépare à l'exercice de l'autorité royale soit sur un peuple soit sur les éléments composites de notre propre personne : le berger peut aussi représenter un maître ou docteur de la loi : chez Philon, Dieu lui-même est un berger qui paît l'univers entier, en le soutenant par sa Parole, le Logos : parole de sa Loi, qui est juste et droite.

 

Moïse est berger de troupeau, il éduque les filles de Gétro et veille, comme un berger, sur les pensées du beau-père avant de devenir le grand gardien de la loi du Seigneur. Plus généralement, l'homme qui guide ses propres sens avec un art pastoral et qui suit les instructions de la Loi naturelle, cet homme-là est aussi un berger.

 

Dans le midrash, l'expression “tente des bergers” de Ct 1,8 devient le symbole des synagogues ou des maisons d’étude, et surtout du temple, où les maîtres et les guides du peuple donnent leur enseignement sur la Torah. Parmi ces bergers-docteurs il y a par exemple, Josué, David ou Salomon et le Messie. Le targum retient quelque chose de ce canon symbolique.

 

En effet dans les quelques passages bibliques où le terme “ tente ” apparaît seul, la version araméenne introduit la mention des “ maisons d'étude. ” Rappelons enfin que le même phénomène se retrouve ça et là dans la littérature juive du premier siècle avant J-C au premier siècle après J-C et dans le Nouveau Testament. Pour Jésus et pour les évangélisateurs des communautés chrétiennes primitives.

 

Les bergers de Bethléem dans la tradition de l’Eglise

En partant d'Origène jusqu'au XIVe siècle, on a relevé une quinzaine d'auteurs qui ont fait un commentaire de l’adoration des bergers de Bethléem (Lc 2,8-20). De façon générale :

 

1). Lc 2,8-20 a un sens littéral, historique, fondamental. Il concerne les bergers de Bethléem, entendu au sens propre du terme, les gardiens de troupeaux de moutons. Illuminés par la révélation céleste, et avertis par l’ange à propos du Christ sauveur et Seigneur né à Bethléem, ils rendirent visite au nouveau-né puis ils annoncèrent à tous ce qu'ils avaient vu et entendu. Nous n’avons pas en droit de mettre en doute les éléments réels de ce récit.

 

2). Au delà de ce sens littéral et historique de base, les auteurs reconnaissent en Lc 2,8-20 un sens qu'ils appellent typologique, spirituel, mystique ou moral, et qui renvoie à la vie des disciples après Pâques et à la vie de l’Eglise.

 

Les gestes et les paroles des bergers sont mises en relation avec la foi et l’activité que les disciples de Jésus ont eue quand leur esprit fut illuminé par la révélation de la résurrection.

 

Les bergers de Bethléem sont l’image des bergers de l'Eglise qui comme ces bergers de Bethléem annoncent à tous la révélation reçue. Sur cette dimension ecclésiale, il y a un accord et une continuité surprenante. Quelques-uns précisent plus en détail qui sont les bergers de l'église : les disciples de Christ, les apôtres qui annoncent l'évangile, l'apôtre Pierre, les évêques, les prêtres, les diacres ou les recteurs de monastères, les prédicateurs, les docteurs de l'église, ceux qui s’occupent au moins de deux ou trois personnes…

 

Les Bergers de Bethléem dans l’Ecriture

La tradition a fait le lien entre les bergers de Bethléem et les pasteurs de l’Eglise parce que l’Ecriture elle-même y encourageait. L’évangile de Luc de l’adoration des bergers contenait déjà une série de motifs pascals : la gloire du Seigneur, les titres du Christ…

 

À Bethléem et à Pâques, un signe est offert : à Bethléem, le signe est un enfant enveloppé en bandes, couché dans une mangeoire (Lc 2,11) ; à Pâque, le signe est constitué par un tombeau vide dans lequel le suaire et les bandelettes sont à leur place (Lc 24,5).

 

À Bethléem, le nouveau-né invite à se demander : qui est cet enfant ? et la réponse est donnée par l'ange : Aujourd'hui vous est né un Sauveur, le Christ, le Seigneur (Lc 2,11). Au sépulcre, l'absence du corps de Jésus suscite la question : où est le Seigneur ? Et la réponse vient aussi des anges : il n'est pas ici, il est ressuscité (Lc 24,6). Les bergers de Bethléem sont évangélisés : ils sont bouleversés par la gloire du Seigneur qui, par son ange, leur annonce l'événement de Noël. Ils vont voir et trouvent Marie, Joseph et l'enfant. Ensuite, il deviennent évangélisateurs : ils parlent, ils font connaître à tout le monde ce qu’ils ont entendu et vu. Tous s'émerveillent, et Marie garde toutes ces choses en son cœur.

 

Et les bergers repartent louant et glorifiant Dieu. Les bergers anticipent l’expérience des disciples qui sont d’abord évangélisés, par Jésus bien sûr mais aussi par l’ange du matin de Pâque, et qui ensuite sont devenus des évangélisateurs.

 

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Père Serra

 

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