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Marie dans le Judaïsme, l'Islam et les autres religions
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Les variantes juives sur l’attente de la résurrection

Dans les enseignements des sages relatifs à la rédemption s'exprime une grande variété de points de vue.

Cette diversité ne se limite pas à des nuances de détail mais atteint une opposition qui implique, chez l'un, la complète négation des doctrines de l'autre.

Il va sans dire que les positions médianes ne sont pas absentes non plus. Et, cela, dans la Bible elle-même.[1]

 

La rédemption en terme de résurrection

Divers passages de l'Ecriture témoignent de l'espérance en la résurrection, évoquée en particulier par 2 Mac 7, 14 (résurrection des justes) et Dn 12, 2 (résurrection générale, « les uns pour la vie éternelle... les autres pour l'horreur éternelle »).

 

Une croyance qui n'est pas partagée par tous.

Dans le livre biblique de Ben Sira le sage, la conception de la rédemption est réaliste et centrée principalement sur une réalisation en plénitude de la souveraineté, du bien-être et de la prospérité d'Israël.

En sont absentes la croyance en la résurrection des morts et la notion de rétribution et de châtiment dans le monde à venir.

 

Nous possédons un ouvrage intitulé « Psaumes de Salomon » préservé dans la seule traduction grecque, mais qui fut à l'origine composé en hébreu à Jérusalem. Il traite des événements des années 70 à 45 avant J-C. L'auteur est violemment opposé aux Asmonéens. Il dépeint aussi la prise de Jérusalem par Pompée. Sa supplique retient notre attention :

« Regarde, YHVH, et suscite-leur un roi, le fils de David, au moment que tu sais, ô Dieu, afin qu'il règne sur Israël Ton serviteur, ceins-le de force, afin qu'il brise les souverains injustes... A sa menace, les nations fuiront devant lui... et il rassemblera un peuple saint... Il les répartira selon leurs tribus sur le pays. Ni l'immigré ni l'étranger ne séjourneront plus au milieu d'eux... et il purifiera Jérusalem, lui restituant sa sainteté originelle. Alors les nations viendront des confins de la terre pour contempler sa gloire. Il sera un roi juste, instruit par Dieu, régnant sur eux, il n'y aura plus d'injustice parmi eux durant ses jours, car tous seront saints et leur roi sera l'oint de YHVH. Car il ne mettra pas sa confiance dans le cheval, le cavalier et l'arc, il n'amassera pas l'or ni l'argent pour la guerre. Il ne prendra pas appui sur le nombre au jour du combat. YHVH sera lui-même son roi, son espérance, lui qui est puissant parce qu'il met son espoir en Dieu.

Toutes les nations seront remplies de crainte devant lui, car il frappera la terre de la parole de sa bouche à jamais... Quant à lui, il sera pur de péché, afin de régner sur un grand peuple. Il corrigera les princes et détruira les pécheurs par la puissance de sa parole... Sa parole sera semblable à celle des saints au milieu des peuples sanctifiés. Heureux ceux qui vivront en ces jours... Que Dieu se hâte de prendre Israël en pitié !... YHVH est notre roi à jamais. » [2].

 

Le caractère unique de ce texte réside dans la centralité de la figure du Messie, fils de David, qui, bien que manifestement rédempteur du pays et de la nation, est en même temps un rédempteur cosmique qui promet le royaume de Dieu sur la terre.

Ce document est unique aussi par ce qui en est absent. Il ne mentionne ni récompense ni châtiment dans le monde à venir, ni la résurrection des morts, il ne décrit aucune occurrence catastrophique.

Bien qu'il ne présente aucun signe d'orientation sectaire, il est cependant clairement le produit d'une seule faction au sein du judaïsme pharisien[3].

 

Quand saint Paul annonce la résurrection à Corinthe, et il commence toujours son ministère dans les synagogues de la diaspora juive, certains de ses auditeurs disent « qu'il n'y a pas de résurrection des morts » (1Co 15, 12).

Paul, témoin de la résurrection de Jésus, leur répond : « Si le Christ n'est pas ressuscité, vaine est votre foi; vous êtes encore dans vos péchés. »  (1Co 15, 17). Ce texte reflète les mentalités ambiantes.

 

La Mishna présente la croyance en la résurrection générale :

« Voici ceux qui n'auront pas part au monde qui vient : celui qui dit qu'il n'y a pas de résurrection des morts, [celui qui dit] que la Torahh ne vient pas des cieux, et l'épicurien. »[4]

Le fait même que rabbi Aqiba ajoute « également celui qui lit des ouvrages apocryphes et celui qui murmure des incantations sur les blessures » montre que la première partie de la Mishna est antérieure à Aqiba.

La mention de la résurrection des morts dans la Mishna n'est pas le signe de l'émergence de cette croyance mais d'un combat pour son acceptation par ceux qui lui sont hostiles [autrement dit, tous les Juifs n'attendaient pas une Rédemption-Résurrection générale].

Ajoutons encore quelques nuances : Josèphe attribue la croyance en la résurrection des morts à la secte pharisienne, tandis qu'il attribue aux Esséniens la croyance en la survie de l'âme, et la rattache à la vision grecque[5].

 

Dans le Talmud, la Gemara affirme : « La guerre est aussi le début de la rédemption », - la rédemption d'Israël par son Messie[6]. Et dans ce discours sur la rédemption, il n'y a aucune mention de la résurrection des morts.

 


[1] Ephraïm URBACH, Les sages d'Israël, Cerf, Paris 1996 (traduit de l'hébreu par Marie-José Jolivet. Edition originale, Jérusalem 1979), p. 669-670

[2] Psaumes de Salomon 17, 21-46

[3] Cf. Ephraïm URBACH, Ibid., p.683-685

[4] M. Sanhédrin X, 1 selon la version du manuscrit Kaufmann.

[5] Guerres II, 8, 11 et 14 ; Antiquités juives XVIII, 1, 3.

[6] Ephraïm URBACH, Ibid., p. 673-678


 

Françoise Breynaert

Extrait de :

F. Breynaert, Juifs et chrétiens, Une origine, deux chemins,

Editions du Paraclet, Brive 2010

 

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