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Panorama de la vie de Marie
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Marie s'explique avec Joseph

Maria VALTORTA (1897-1961) a donné à l'Eglise des cahiers publiés sous le titre "L'Evangile tel qu'il m'a été révélé". La publication en est autorisée à condition de préciser que c'est une œuvre littéraire de Maria Valtorta, et non un nouvel Evangile.(1)

 

Oh ! Notre première Passion ! Qui peut en dire l'intime et silencieuse intensité ? Qui peut en dire ma douleur en constatant que le Ciel ne m'avait pas encore exaucée en révélant à Joseph le mystère ? [...]

 

Qui peut dire mon combat contre le découragement qui tentait de m'accabler pour me persuader que j'avais espéré en vain dans le Seigneur ? Oh ! je crois que ce fut une rage de Satan ! Je sentais le doute me saisir aux épaules et allonger ses tentacules pour emprisonner mon âme et l'arrêter dans sa prière.[...]

 

Qui pourrait dire avec une exacte vérité la douleur de Joseph, ses pensées, le trouble de ses affections ? Comme une petite embarcation prise dans une grande bourrasque, il se trouvait dans un tourbillon d'idées opposées, de réflexions plus pénibles et plus cruelles l'une que l'autre. En apparence, c'était un homme trahi par sa femme. [...]

 

Enfermée dans ma maison, seule, dans la maison où tout me rappelait l'Annonciation et l'Incarnation, et où tout me ramenait au cœur le souvenir de Joseph uni à moi dans une virginité sans tache, je dus résister au découragement, aux insinuations de Satan et espérer, espérer, espérer. Et prier, prier, prier. Et pardonner, pardonner, pardonner à Joseph son soupçon, sa révolte de juste indigné. [...]

 

 

Marie sursaute en entendant un coup frappé résolument à la porte extérieure de la maison. Elle pose sa quenouille et son fuseau et se lève pour aller ouvrir. Bien que son habit soit souple et ample, elle n'arrive pas à cacher complètement la rondeur du bassin.

Elle se trouve en face de Joseph. Elle pâlit jusqu'aux lèvres. En ce moment son visage semble une hostie tant il est exsangue. Marie regarde d'un oeil qui interroge avec tristesse. Le regard de Joseph paraît suppliant. Ils gardent le silence, en se regardant. Puis Marie ouvre la bouche :

- "A cette heure, Joseph ? As-tu besoin de quelque chose ? - Que veux-tu me dire ? Viens."

Joseph entre et ferme la porte. Il ne parle pas encore.

- "Parle Joseph, qu'est-ce que tu veux ?"

- "Ton pardon." Joseph s'incline comme s'il voulait s'agenouiller. Mais Marie, toujours si réservée pour le toucher, le prend résolument par les épaules et l'en empêche.

La couleur va et vient sur le visage de Marie, tantôt rouge, tantôt pâle comme il était avant.

- "Mon pardon ? Je n'ai rien à te pardonner, Joseph. Je n'ai qu'à te remercier encore de tout ce que tu as fait ici en mon absence et pour l'amour que tu me portes."

Joseph la regarde et je vois deux grosses larmes qui se forment dans la cavité de son œil profond. Elles restent comme sur le bord d'un vase et puis roulent sur les joues et sur la barbe.

- "Pardon, Marie. J'ai manqué de confiance. Maintenant, je sais, je suis indigne d'avoir un tel trésor. J'ai manqué de charité. Je t'ai accusée en mon cœur. Je t'ai accusée sans justice puisque je ne t'avais pas demandé de me dire la vérité. J'ai failli envers la Loi de Dieu en ne t'aimant pas comme je me serais aimé..."

- "Oh ! non ! Tu n'as pas manqué !"

- "Oui, Marie. Si j'avais été accusé d'un pareil crime, je me serais défendu. Toi... Je ne t'ai pas permis de te défendre, puisque j'allais prendre une décision sans t'interroger. Je t'ai manqué en t'offensant par un soupçon. Rien. qu'un soupçon, c'est une offense, Marie. Qui soupçonne méconnaît. Je ne t'ai pas connue comme je le devais. Mais pour la douleur que j'ai soufferte... trois journées de supplice, pardonne-moi, Marie."

- "Je n'ai rien à te pardonner. Mais plutôt je te demande pardon de la douleur que je t'ai causée."

- "Oh ! oui, quelle douleur ç'a été ! Quelle douleur ! Regarde, Ce matin, on m'a dit que j'avais des cheveux blancs sur les tempes et des rides sur le visage, Plus de dix ans de vie se sont écoulés en ces jours. Mais pourquoi, Marie, as-tu été humble au point de me cacher à moi, ton époux, ta gloire, et permettre que je te soupçonne ?"

 

Joseph n'est pas à genoux, mais il est tellement courbé que c'est tout comme, et Marie pose sur sa tête sa petite main en souriant. Il semble qu'elle l'absolve.

Elle dit :

- "Si mon humilité n'avait pas été parfaite, je n'aurais pas mérité de concevoir Celui qu'on attendait. Celui qui vient annuler la faute d'orgueil qui a ruiné l'homme. Et puis j'ai obéi... Dieu m'a demandé cette obéissance. Elle m'a coûté tellement... pour toi, pour la douleur que tu en éprouverais. Mais je n'avais qu'à obéir. Je suis la servante de Dieu et les serviteurs ne discutent pas les ordres qu'ils reçoivent. Ils les exécutent, Joseph, même s'ils leur font pleurer du sang."

Marie pleure doucement en disant cela. Si doucement que Joseph tout courbé ne s'en aperçoit que quand une larme tombe à terre.

Alors il redresse la tête et - c'est la première fois que je le vois faire cela - il serre les petites mains de Marie dans ses mains fortes et hâlées et baise l'extrémité de ces doigts délicats qui sortent comme des boutons de pêcher de l'étreinte des mains de Joseph.

 

- "Maintenant il faut pourvoir, parce que..."

Joseph n'ajoute rien, mais regarde le corps de Marie, qui s'assied tout de suite, pour ne pas rester ainsi exposée au regard qui se pose sur elle.

- "Il faudra faire vite. Je viendrai ici. Nous accomplirons le mariage... La semaine prochaine, ça va... ?"

- "Tout ce que tu fais est bien Joseph. Tu es le chef de la maison moi, je suis ta servante."

- "Non, c'est moi qui suis ton serviteur. Je suis le bienheureux serviteur de mon Seigneur qui grandit en ton sein. Toi, tu es la bénie entre toutes les femmes d'Israël. Ce soir, je préviendrai les parents. Et après... quand je serai ici, nous travaillerons pour préparer tout à sa venue... Oh ! comment pourrai-je recevoir dans ma maison mon Dieu ? Dans mes bras Dieu ? J'en mourrai de joie !... Je ne pourrai jamais oser le toucher !..."

- "Tu le pourras, comme moi je le pourrai, avec la grâce de Dieu."

 


(1) « Valtorta », dans : René LAURENTIN et Patrick SBALCHIERO, Dictionnaire encyclopédique des apparitions de la Vierge. Inventaire des origines à nos jours. Méthodologie, prosopopée, approche interdisciplinaire, Fayard, Paris 2007.

Extraits de Maria Valtorta,

"L'Evangile tel qu'il m'a été révélé",

Tome I, Chapitre 41 et 42, p. 153-157

 

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